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Bachikh, des rituels pour implorer la fertilité lors du début de la campagne agricole

-Par Hicham EL MOUSSAOUI-.

Tanger- Les tribus des Senhajas Sraïr, qui peuplent les montagnes du Rif situées entre les provinces d’Al Hoceima et Chefchaouen, célèbrent lors du nouvel An amazigh qui coïncide avec le début de la campagne agricole, le personnage “Bachikh”, demandant la fertilité de la terre et des femmes.

Ce rituel, connu ailleurs au Maroc sous les appellations “Belmaoune” ou “Boujloude”, est un élément du patrimoine de la région, les habitants ayant pris le temps de célébrer ce rituel durant des semaines, avant qu’il ne commence à disparaître durant les années soixante du siècle dernier.

L’Association Amazighs Sanhaja du Rif tente de faire revivre ce rituel à travers un festival qui en est aujourd’hui à sa 8ème édition, organisé chaque année dans une des villes de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, et ce afin de raviver ce patrimoine culturel populaire et le rapprocher des habitants de la région.

Dans ce sens, le président de l’Association Charif Adardak a déclaré à la MAP que ce festival vise à contribuer à faire connaitre le patrimoine culturel de la région Sanhaja du Rif et également à réunir l’ensemble des personnes issues de cette région afin de célébrer le nouvel An amazigh, devenue actuellement une fête populaire.

Ces célébrations du patrimoine culturel tournent autour du personnage de “Bachikh”, l’homme au visage noir, couvert de peaux de moutons ou de chèvres et au chapeau à deux cornes, qui bouge au rythme des percussions musicales.

Les célébrations se déroulent en deux phases, la première comprenant des performances musicales interprétées par des troupes se déplaçant dans les campagnes des tribus des Sanhajas avec leurs tambours et leurs “ghitas”, tandis que la deuxième est marquée par des pièces théâtrales à caractère comique et critique des conditions sociales.

Selon le document de présentation du festival, des familles de la région de Sanhaja Sraïr célébraient “Bachikh” également lors des fêtes de mariages, le considérant comme un rituel joyeux et ancré du patrimoine, qui suscite l’intérêt des grands comme des petits.

S’agissant des origines de ces célébrations, le professeur de l’histoire des civilisations anciennes à l’Université Ibn Tofail de Kénitra, Said El Bouzidi, a expliqué que le personnage de “Bachikh” remonte à la pensée grecque, et plus exactement le dieu Bacchus, connu également sous le nom de Dionysos, dieu de la fécondité célébré anciennement par les peuples du bassin méditerranéen chaque année.

Avec le début de la disparition des civilisations anciennes, ce personnage s’est dissipé, demeurant uniquement dans quelques régions du nord de l’Afrique, dont la région des Senhajas Sraïr qui a gardé cette célébration en tant que patrimoine populaire commémoré chaque année en janvier, a-t-il ajouté, précisant que ces célébrations interviennent pour implorer la fertilité après “la mort de la terre”, et également la fécondité des femmes.

La célébration de ce rituel prend généralement cinq formes, à savoir “Bachikh”, “Lafqih”, “Souna”, “Boufiout” et la femme de “Boufiout”, a relevé le professeur, soulignant que raviver ce patrimoine culturel témoigne de l’attachement à cet héritage considéré comme composante de l’identité marocaine.

Selon Charif Adardak, faire renaître ce patrimoine a pour but de mettre en lumière les valeurs civilisationnelles et humaines de l’amazighité, pour la présenter non seulement en tant que langue et identité mais également en tant qu’un ensemble de valeurs qui accompagnent la culture amazighe.

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