(Photo : à droite : l’ancien ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, Mohamed Sadiki ; à gauche : Anatoly Mindel, investisseur israélien)
La polémique autour du devenir des projets d’aquaculture au Maroc refait surface, à la suite du blocage du projet d’écloserie marine dans la commune de Gueznaya, près de Tanger, attribué à une société appartenant à un investisseur israélien. Présenté lors de son lancement comme un projet modèle visant à moderniser le secteur de l’aquaculture et à renforcer son autonomie, ce projet, qui devait assurer une production locale d’alevins et réduire la dépendance aux importations, s’est transformé aujourd’hui en un dossier controversé. Il soulève de nombreuses interrogations, non seulement sur les causes de son arrêt, mais aussi sur l’efficacité de l’utilisation des fonds publics et les mécanismes de suivi des projets soutenus par l’État. En l’absence de toute clarification officielle, cette enquête de Chamaly (chamaly.ma) se penche sur les données du projet, ses zones d’ombre et les éventuelles défaillances dans sa gestion.
120 millions de dirhams d’investissement et 20 millions de soutien… où sont les résultats ?
Le 18 juillet 2023, l’ancien ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, Mohamed Sadiki, a procédé au lancement officiel de ce projet porté par la société Aquago, appartenant à un investisseur israélien, avec un investissement global estimé à 120 millions de dirhams, dont 20 millions de dirhams de subvention publique destinés à l’acquisition d’équipements d’écloserie.
L’objectif affiché était de produire environ 30 millions d’alevins par an afin d’approvisionner les fermes aquacoles nationales et renforcer la compétitivité du secteur dans le cadre de la stratégie « Halieutis ». Cependant, ces ambitions n’ont, à ce jour, pas donné lieu à des résultats concrets sur le terrain.

Dans ce contexte, le choix de la société porteuse du projet suscite des interrogations croissantes. Des observateurs estiment que le processus de sélection n’aurait pas reposé sur des critères suffisamment rigoureux garantissant la capacité réelle à mener un projet de cette envergure, ce qui aurait pu contribuer à son blocage. Des questions se posent également sur la qualité de l’évaluation du dossier de l’investisseur avant l’octroi de cet appui public. Toutefois, aucune donnée officielle ne confirme à ce stade d’éventuelles irrégularités dans la procédure de sélection.
Un projet avancé à 65 % avant un arrêt soudain
Des sources concordantes indiquent que le projet avait déjà bénéficié, il y a environ trois ans, d’une subvention publique similaire de 20 millions de dirhams, sans qu’un impact concret n’ait été observé sur le terrain à cette époque, ce qui soulève davantage de questions sur le suivi des financements publics.
Selon des informations obtenues par Chamaly, le projet avait atteint un taux d’avancement d’environ 65 %, après des investissements initiaux estimés à 4 millions de dirhams consacrés à l’aménagement du site, à la construction des infrastructures de base et à l’acquisition d’une partie des équipements techniques.
Malgré cette progression, les travaux se sont arrêtés brutalement, plongeant le projet dans une situation de blocage total.
Les mêmes sources indiquent également que la totalité de la subvention publique n’a pas été dépensée, et que seule une partie des fonds aurait été effectivement mobilisée pour le projet.

Moment de signature de la convention avec la société bénéficiaire
Le départ de l’investisseur accentue le flou
Les informations disponibles font état du départ de l’investisseur étranger en charge du projet, sans achèvement des travaux, ce qui a aggravé la situation. Si cette donnée venait à être confirmée officiellement, elle poserait la question des garanties exigées des investisseurs étrangers bénéficiant de fonds publics, ainsi que de leur engagement à respecter les délais contractuels. En l’absence de communication officielle, le dossier reste ouvert à toutes les hypothèses.
Selon les documents juridiques disponibles, le propriétaire du projet est Anatoly Mindel, tandis que le suivi opérationnel au Maroc est assuré par Shavit Dahan.
D’après des informations recueillies par Chamaly, la guerre israélienne à Gaza pourrait avoir constitué l’un des facteurs ayant conduit au départ de l’investisseur, par crainte de voir le projet compromis. Cette information ne peut toutefois pas être confirmée de manière indépendante à ce stade.

Anatoly Mindel aux côtés de son équipe
Silence officiel et recherche d’un nouvel investisseur
À ce jour, aucune explication officielle n’a été fournie par les autorités ou les institutions concernées quant aux raisons du blocage du projet ou au devenir des fonds publics engagés. Ce silence alimente davantage les interrogations sur la transparence dans la gestion des investissements publics.
Des sources concordantes indiquent que l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture recherche actuellement un investisseur marocain pour relancer et achever le projet. Toutefois, ces démarches n’ont pas encore abouti.
Il est également envisagé un transfert de propriété du projet vers un nouvel investisseur, avec la possibilité que la société actuelle supporte une partie des pertes liées à l’échec du projet, compte tenu de son caractère soutenu par l’État.




