Le Conseil de la concurrence a révélé, dans son analyse de la structure du marché du ciment, un degré élevé de concentration et une domination manifeste des entreprises intégrées, en tête desquelles LafargeHolcim Maroc, aux côtés de Ciments du Maroc et Ciments de l’Atlas. Ces entreprises couvrent entre 80 % et 90 % de la demande nationale en ciment destinée aux chantiers de construction.
Un marché fortement concentré et des risques de coordination des prix
Le Conseil souligne que le marché, tant au niveau national que régional, présente une structure concurrentielle proche de l’oligopole, voire du duopole, compte tenu des parts de marché observées. Bien que cette configuration ne soit pas spécifique au Maroc — l’industrie cimentière mondiale étant caractérisée par la recherche d’économies d’échelle — elle comporte néanmoins des risques potentiels de coordination des comportements, notamment en ce qui concerne les prix du ciment « à usage courant ».
Cette situation est renforcée par l’homogénéité des produits, le niveau élevé de transparence dans la formation des prix et le rôle central des distributeurs dans la chaîne commerciale.
Des barrières financières et administratives à l’entrée
Le Conseil relève qu’un projet de cimenterie intégrée requiert des investissements considérables et un horizon temporel pouvant s’étendre de 8 à 10 ans. À cela s’ajoutent des contraintes liées à la mobilisation du foncier adapté, à proximité des carrières, des infrastructures et des zones de consommation, ainsi que la nécessité d’accompagner l’évolution technologique et d’éviter l’obsolescence des équipements.
Ces éléments constituent, selon le Conseil, des barrières structurelles à l’entrée de nouveaux acteurs intégrés. Depuis la mise en service des usines de Ciments de l’Atlas en 2010 et 2011, le marché n’a enregistré qu’un seul nouvel entrant intégré, à savoir Novacim en 2022 à El Jadida. La dynamique de l’offre s’est principalement traduite par l’extension des capacités des opérateurs déjà présents.
Appel à élargir la base concurrentielle
Le Conseil conclut que la structure actuelle du marché, malgré ses justifications industrielles, nécessite des mesures visant à renforcer les conditions d’une concurrence effective et à faciliter l’entrée de nouveaux acteurs, notamment dans un contexte de forte demande liée aux grands chantiers.
Il insiste sur la nécessité de limiter les risques de concentration excessive, de renforcer la transparence et les mécanismes de contrôle, afin de protéger les consommateurs et d’assurer la compétitivité durable du secteur.
Dans son avis n° R/25/3, le Conseil rappelle également que les politiques industrielles menées par l’État ont permis de consolider une base productive nationale solide, favorisant la souveraineté dans la production du ciment.
Il souligne que l’accumulation d’expertise et d’investissements a renforcé le positionnement du Maroc à l’échelle internationale, grâce à la présence d’acteurs figurant parmi les dix premiers mondiaux et à l’émergence d’acteurs nationaux tels que Ciments de l’Atlas, qui a connu une expansion rapide sur les marchés africains et européens.
Concernant la répartition géographique des capacités, plus de 58 % de la production nationale est concentrée dans trois régions : Casablanca-Settat, Souss-Massa et l’Oriental. La région Casablanca-Settat concentre à elle seule près d’un tiers des capacités nationales, avec la présence de LafargeHolcim Maroc, Ciments du Maroc, Ciments de l’Atlas et Novacim. En 2024, cette région a fourni plus du tiers de l’offre nationale.
Le Conseil met également en évidence l’émergence d’un nouveau modèle basé sur les centres de broyage. L’usine de Bouskoura, relevant de LafargeHolcim Maroc, constitue la plus grande unité de production nationale, avec une capacité d’environ 3,1 millions de tonnes par an, soit près de 11 % des capacités totales.
Enfin, les centres de broyage — qu’ils soient affiliés à des groupes intégrés ou indépendants — représentent une part significative des capacités nationales. Ce modèle, caractérisé par des investissements relativement plus faibles et une plus grande rapidité d’implantation grâce à la proximité des ports et des zones de consommation, est considéré par le Conseil comme un levier essentiel pour dynamiser la concurrence et rééquilibrer la structure du marché.





