
Le journaliste marocain Aymane Zoubeir a récemment mis en lumière, à travers une publication documentée, l’histoire méconnue du marché de “la nouvelle Plaza” à Tanger, situé sur la rue Fès, et ses liens avec les tensions coloniales pendant la guerre civile espagnole.
Ce projet commercial, lancé à l’époque par le régime franquiste à travers son représentant à Tétouan, Juan Luis Beigbeder, visait à renforcer l’influence espagnole dans une Tanger alors soumise à une forte concurrence entre les puissances coloniales, notamment la France. Des documents secrets évoquent même des tentatives françaises pour faire échouer ce projet, en cherchant à faire baisser les prix des terrains destinés à accueillir le marché.
Au cœur de cette bataille, on retrouve l’homme d’affaires espagnol Joan March, considéré comme l’un des plus riches de son temps et fondateur de la banque qui porte son nom. Il aurait mobilisé ses réseaux pour obtenir l’aval des autorités françaises à son projet et renforcer sa mainmise sur le foncier à Tanger. March est également connu pour son soutien à Franco et ses liens douteux avec les trafics d’armes pendant la Seconde Guerre mondiale.
Aujourd’hui, ce marché historique est sur le point de disparaître. La Commune de Tanger prévoit sa démolition pour laisser place à un projet intégré qui comprendra 198 locaux commerciaux, 48 étals pour fruits, légumes et poissons, des installations sanitaires, ainsi que 5 locaux de services (salle de prière, restaurants, cafés).
Le projet comprendra également un parking à étages d’une superficie de plus de 29 000 m², pouvant accueillir 441 véhicules, dont 14 places réservées aux personnes à mobilité réduite.
Aymane Zoubeir conclut en appelant à préserver et documenter cette mémoire urbaine, témoin d’un passé géopolitique complexe qui a façonné le visage moderne de Tanger.