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Polémique autour du soutien à l’importation de moutons : entre chiffres officiels et révélations politiques

Le débat s’intensifie au sein de la classe politique et de l’opinion publique marocaine au sujet du soutien financier accordé par l’État à l’importation des moutons destinés à l’Aïd al-Adha. Des divergences notables dans les chiffres avancés par les responsables et les acteurs politiques ont ravivé les interrogations sur la transparence et l’impact réel de ces aides sur les prix du marché.

Alors que Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, a affirmé que 18 importateurs seulement ont bénéficié d’un soutien estimé à 13 milliards de dirhams, sans effet tangible sur les prix des moutons ou de la viande rouge, Rachid Talbi Alami, président de la Chambre des représentants et membre du Rassemblement National des Indépendants, a réfuté ces chiffres. Selon lui, 100 entreprises auraient reçu une aide directe limitée à 300 millions de dirhams, dans le but de maintenir les prix des moutons entre 4000 et 4500 dirhams par tête.

Dans ce contexte, Nabil Benabdallah, secrétaire général du Parti du Progrès et du Socialisme, a apporté de nouveaux éléments, s’appuyant sur un document officiel gouvernemental datant d’octobre 2024. Ce document, intitulé « Données demandées par les groupes parlementaires dans le cadre du débat sur le Projet de Loi de Finances 2025 », précise que le montant global des exonérations fiscales a atteint 13,3 milliards de dirhams, répartis comme suit :

  • 8 milliards de dirhams (octobre 2022 à octobre 2024) au titre de la suppression des droits d’importation et de la TVA sur les bovins.

  • 5 milliards de dirhams (février 2023 à octobre 2024) pour les mêmes mesures sur les ovins.

De son côté, Idriss Azami Idrissi, président du Conseil national du Parti de la Justice et du Développement, a estimé que le chiffre de 13 milliards est déjà dépassé, et pourrait atteindre plus de 20 milliards de dirhams d’ici fin 2025, étant donné que les exonérations et les mesures fiscales exceptionnelles sont toujours en vigueur.

Face à cette controverse, le ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts a publié un communiqué dans lequel il précise que le soutien direct à l’importation exceptionnelle de moutons pour les Aïds 2023 et 2024 s’élève à 437 millions de dirhams, répartis ainsi :

  • 193 millions de dirhams en 2023, pour l’importation de 386 000 têtes.

  • 244 millions de dirhams en 2024, pour 489 000 têtes.

Le ministère a également indiqué que 156 importateurs ont participé à cette opération (61 en 2023 et 95 en 2024), soulignant que les exonérations fiscales et la suppression des droits d’importation sont toujours en cours.

Selon le communiqué, ces mesures ont permis de renforcer l’offre en ovins pendant l’Aïd, de préserver le cheptel national, et de maintenir une relative stabilité des prix dans un contexte de sécheresse prolongée et d’inflation mondiale.

Le ministère précise enfin que ces exonérations n’ont eu aucun impact budgétaire direct, car les droits de douane auparavant appliqués à hauteur de 200 % étaient essentiellement dissuasifs et ne généraient pas de recettes effectives pour le Trésor.

En l’absence d’une communication gouvernementale consolidée, les appels se multiplient pour plus de transparence sur le coût réel de ces soutiens, l’identité des bénéficiaires, et surtout l’impact sur la consommation et le pouvoir d’achat des citoyens.


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