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Pêche: Quand les femmes montent au filet !

Filets à la main et hameçons montés, sept silhouettes déterminées embarquent à bord d’un bateau bleu, avant de pénétrer au milieu des eaux méditerranéennes, parfois calmes et paisibles, mais souvent tumultueuses et mouvementées. Les femmes de la coopérative « Mawjat Belyounech » ont décidé de répondre à l’appel tant persévérant de la mer.

Fatima Makhnass, présidente de la coopérative, a pris l’initiative, une année plus tôt, de rassembler des femmes qui partagent sa passion pour la pêche, afin d’exercer ce rude métier, longtemps considéré comme une activité réservée aux hommes.

“Très jeune, j’accompagnais mon père qui était pêcheur à l’île Leila, où nous attendions pendant des heures, les filets immergés dans la mer”, confie avec émotion Fatima. Pour cette femme qui a longtemps travaillé en tant que “porteuse de marchandises” au point de passage de Bab Sebta, le travail en mer n’est autre qu’un retour aux sources, une sorte de pérennisation d’une tradition familiale.

C’est d’ailleurs ce qu’affirment Latifa, Hafsa, Safae, Sanae, Najat et onze autres femmes ayant décidé de se joindre à cette “belle aventure” initiée par Fatima. Ces natives de Belyounech ont toutes un lien direct avec la mer, puisqu’elles ont souvent accompagné un membre de leurs familles lors d’opérations de pêche.

Après avoir longtemps aidé leurs maris ou leurs proches à réparer les filets de pêche et à monter les hameçons, ces femmes ont décidé de braver les stéréotypes culturels et le poids des traditions pour enfin exercer ce métier dont, plus jeunes, ont toutes rêvé.

Soutenues par la Délégation des pêches maritimes de M’diq, le service de la coopérative bilatérale ainsi que l’unité genre et développement relevant du Département des pêches maritimes, 17 femmes ont suivi une formation en matière de ramendage et montage des hameçons avant de créer, le 8 mars 2019, cette coopérative féminine pour la pêche.

Si uniquement sept femmes de la coopérative possèdent actuellement un livret maritime leur permettant de participer aux sorties en mer, toutes les membres mettent leurs mains à la pâte puisque ce métier nécessite un travail fastidieux pour préparer les filets ainsi que les lignes et hameçons, en plus du tri et du nettoyage des poissons pêchés.

Exercer ce métier n’est pas une tâche facile pour une femme, s’accordent à dire les membres de “Mawjat Belyounech”. “Le bateau de pêche étant très lourd, il est assez difficile de le pousser jusqu’en mer”, avoue la présidente de la coopérative, qui explique qu’une maigre prise peut nécessiter de nettoyer ou de réparer les filets pour pouvoir les relancer à nouveau.

En plus de la difficulté de ces tâches, ces femmes font également face aux regards tantôt surpris et tantôt contempteurs des pêcheurs. “Les quelques commentaires légèrement méprisants ou sarcastiques des autres pêcheurs ne nous atteignent nullement”, affirme néanmoins avec un franc sourire Fatima, très fière qu’elles aient pu s’imposer grâce à leur travail acharné et leur esprit solidaire.

Très loin des questions de genre, ces femmes préfèrent se concentrer sur les moyens à même d’améliorer leurs situations financières, tout en faisant de leur passion un métier à plein temps.

La nature imprévisible de ce métier et les prises parfois insuffisantes pour couvrir leurs frais de déplacement les ont donc poussé à travailler, aux côtés du Département des pêches maritimes, pour bénéficier, dans le cadre de l’initiative nationale pour le développement humain, d’un projet de création d’une unité de valorisation des produits de la mer.

Et si ce projet, en cours de réalisation, assurera certainement aux femmes membres de la coopérative “Mawjat Belyounech” la continuité de leur activité tout au long de l’année, le travail en mer s’impose aujourd’hui pour elles comme une évidence. Désormais, rien ne peut plus les empêcher de répondre à l’appel du large !

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